Café-débat : « Une Europe de l’égalité femme-homme »

A l’occasion des élections européennes qui se tiendront dimanche 25 mai, les jeunes socialistes souhaitent réaffirmer leur engagement concernant l’égalité femme-homme et la cause féministe en général. Cette échéance électorale est l’occasion d’orienter le débat public sur ces questions. Le MJS 38 a tenu à proposer un débat sur les questions féministes le mercredi 14 mai. Les échanges ont été constructifs et intéressants ; ils montrent l’envie des jeunes (hommes et femmes) de faire changer les choses en Europe.

En France, les politiques d’égalisation des droits sont récentes (elles datent de la deuxième partie du XXIème siècle). En effet, les droits des femmes ont progressé avec l’accession au droit de vote en 1944, l’autorisation de la contraception orale en 1967 et le droit à L’Interruption Volontaire de Grossesse acquis en 1975. Ces mesures d’émancipation des femmes n’empêchent pas le maintien des discriminations dues au genre. Les femmes ont un salaire environ 27 % inférieur à celui des hommes sur l’ensemble de leur carrière (salaire plus bas à diplôme égal, congés maternité, temps partiels,…). Encore aujourd’hui en France, 1 femme sur 5 est victime d’un viol ou d’une tentative de viol au cours de son existence, seule 1 femme sur 11 porte plainte. Les violences conjugales sont toujours aussi importantes puisque 146 personnes dont 121 femmes sont décédées suite à des violences de leur conjoint en 2013. En 2012, François Hollande, tout juste élu président de la République, décide de créer, pour la première fois, un ministère des droits des femmes, donnant naissance à plusieurs mesures d’égalisation des droits. Trop peu de moyens sont cependant alloués à ce ministère et la montée du conservatisme en France freine les prises de décision.

En Europe, il existe seulement un texte sur ce sujet, datant de 2011 : la convention d’Istanbul, convention du conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes et la violence domestique. Cette convention ne donne lieu à aucune obligation pour les Etats et très peu d’entre eux ont ratifié le texte.

Alors, comment faire de l’Union Européenne un moteur de l’égalité femme-homme ?

L’éducation au service du changement des mentalités

Il semble essentiel pour la France, comme pour les autres pays d’Europe, que le système éducatif s’engage pour le changement des mentalités concernant le statut des femmes. Les enfants doivent dès le début de leur scolarité intégrer la notion d’égalité des sexes. C’est, en effet, en inculquant aux nouvelles générations cette mentalité qu’une prise de conscience collective pourra émerger.

La lutte contre les stéréotypes de genre est indispensable pour faire évoluer la condition des femmes et réaliser l’égalité effective entre les sexes. Les jeux, les livres pour enfants ne doivent plus être genrés pour laisser s’épanouir les enfants sans créer une opposition masculin/féminin qui les contraint dans leurs choix de vie. Les filles sont encore peu présentes dans les filières scientifiques (dites « masculines ») et par ailleurs, exemple frappant, sont plus poussées à devenir infirmière que médecin, ce qui est sans équivoque une conséquence de l’éducation qu’elles ont reçue.

L’égalisation des droits « par le haut »

La question des droits des femmes doit donner naissance à des directives européennes contraignantes pour qu’une harmonisation des droits « par le haut » puisse être mise en place. Trop de pays ne possèdent pas encore, ou sous des conditions non satisfaisantes, le droit à l’avortement. Ce droit est essentiel à l’émancipation des femmes et doit être accessible à toutes les femmes en Europe. Certains pays européens ont dernièrement connus des reculs concernant les droits des femmes et notamment concernant l’IVG. La Suisse, l’Espagne et la France envisagent de ne plus rembourser voire d’interdire l’IVG (Espagne). Ce sont des positions inacceptables qui visent à créer des inégalités entre les femmes et sont sources d’enjeux sanitaires importants. L’Europe ne peut pas accepter qu’au XXIè siècle, certaines femmes soient obligées de recourir à des méthodes archaïques et dangereuses, afin d’avorter.

La protection des victimes de viol doit être mise en place partout en Europe quel que soit le statut marital de la femme, suivant les recommandations de la convention d’Istanbul.

Les politiques d’austérité menées par l’Union Européenne touchent en particulier les femmes, en moyenne plus précaires que les hommes, car le délitement des services publics, subséquent aux orientations économiques actuelles, affecte les moyens, sinon humains, au moins financiers des services d’intérêt général, pourtant essentiels à l’émancipation des plus démuni(e)s. L’égalité des droits ne pourra donc se faire sans un adoucissement rapide des politiques d’austérité.

Favoriser la place des femmes dans l’espace public

Les femmes ont encore aujourd’hui peu de place dans l’espace public. L’Europe doit changer cette tendance.

Les femmes sont toujours peu présentes sur les postes à responsabilité dans les entreprises bien qu’elles soient aussi diplômées et compétentes que leurs homologues masculins. La France  a prévu des sanctions à l’encontre des entreprises ne respectant pas l’égalité professionnelle. Elle a nommé des hauts fonctionnaires dédiés à l’égalité pour garantir cette égalité au sein des services de l’Etat. Les sanctions doivent devenir effectives en France et se généraliser dans toute l’Europe, par l’entremise de directives européennes claires. On note aussi que les femmes ne sont présentes que marginalement dans les conseils d’administration des grands groupes ; d’où l’importance des quotas.

En politique, les femmes sont toujours moins visibles que les hommes bien que la parité, outil pour aller vers une égalité des statuts, soit obligatoire pour chaque élection. Pour les élections européennes, on peut voir que les listes sont certes paritaires mais que les femmes ne sont que rarement têtes de liste (même au sein du parti socialiste).

Enfin, l’hyper féminisation et le sexisme toujours plus important des publicités doit cesser. Les femmes ne peuvent plus être, aujourd’hui, l’objet de campagnes marketing.

Engager un véritable débat européen sur la prostitution

Enfin, en France une loi vient d’être votée pour abolir la prostitution. Les jeunes socialistes sont d’accord pour dire que la prostitution est un acte d’esclavage inacceptable du corps de la femme, et presque toujours une obligation pour celle-ci. De plus, elle est révélatrice d’une société au modèle patriarcal car seuls les hommes sont clients de la prostitution, même masculine. Un véritable débat devra être mené partout en Europe pour que les Etats membres définissent une stratégie commune concernant la lutte contre la prostitution.

L’Union européenne peut jouer un rôle important pour l’émancipation des femmes et l’égalité femme-homme, elle doit pour cela mener une politique volontariste et contraignante.

 

Naïs M.

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